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Chronique du désastre

Guerre au vivant

« Les puissances dominantes peuvent bien nous considérer comme des fous parce que nous voulons rompre avec leur système coercitif irrationnel ! Nous n’avons à y perdre que la perspective d’une catastrophe vers laquelle ils nous conduisent. » (Manifeste contre le travail)


     Il y a belle lurette que l’humanité a déclaré la guerre au vivant. Et elle a tout lieu de se réjouir : elle est en passe de la gagner.

     Il n’est pas même besoin de penser politiquement l’état du monde. Il suffit de porter les yeux sur la friche industrielle qui constitue désormais notre cadre de vie, de comptabiliser les espèces disparues ailleurs que dans des zoos, de rencontrer le regard vide du passant qu’on croise ou de contempler l’accablement qui se reflète quotidiennement dans le miroir.

     Partout, et jusque dans les rares lieux où persistent des vestiges de vie, là où la nature donne encore l’illusion d’être semblable à elle-même, il n’est désormais plus possible d’ignorer que c’est foutu. Et l’angoisse ambiante est tellement oppressante, la nullité des représentations qui sont censées nous en distraire est à ce point désolante, qu’on voudrait parfois que c’en soit enfin fini.

    Qui a mis cette aspiration à la désolation dans la tête des hommes ? Personne sans doute. Il est à craindre que le goût pour la mort soit consubstantiel à l’être humain, voire intégré au vivant. Mais il fallait que cette propension fût solidement ancrée dans toutes les têtes pour que nul sur Terre se trouvant en pouvoir de le faire, qu’il ait fermé les yeux ou qu’il les ait gardés grand-ouverts sur ce qui se passait, ne s’y soit en fait jamais opposé.


    Toutefois, il est loisible à chacun de mettre un nom sur cette frange d’humanité qui a favorisé, cultivé, exploité, programmé cette danse de mort et qui la mène tambour battant, parce qu’elle y voyait et continue d’y voir matière à profit – quoi qu’il advienne. C’est le monde marchand sous sa forme « cristallisée » la plus pure : le capitalisme.

    L’ironie veut que l’entreprise remonte à la Renaissance et qu’elle ait pris son essor sous le règne des Lumières. Elle veut encore que l’économie, qui jadis désignait la manière d’assurer les conditions du mieux-être des hommes, n’exprime plus depuis lors que la théorie de cette marche mortifère, sous une appellation aux odeurs faisandées de liberté : le libéralisme.


     Mais le capitalisme a mis le monde dans un tel état, il a saccagé les consciences et la réalité humaine à tel point, qu’il est sans doute bien vain de stigmatiser devant le tribunal de l’apocalypse prochaine les maquereaux aux mille visages qui prostituent notre existence.

    N’importe. Crions au moins notre dégoût. Et puisqu’il semble que ce soit le destin des générations prochaines de payer la note, offrons-leur du même coup l’amère satisfaction de rendre la honte encore plus honteuse en la criant sur les toits. 

Depuis le temps qu’on nous bassine avec « les bons gestes et les bonnes pratiques » pour sauver la planète, tous les gens sensés en sont arrivés à la même conclusion : les bons gestes, c’est brûler Bayer-Monsanto, c’est dépouiller Total, c’est prendre le contrôle des dépôts de carburants, c’est occuper Radio France et s’approprier l’antenne, c’est exproprier tous les bétonneurs et braquer la Caisse des dépôts et consignations. Les bonnes pratiques, c’est assiéger les télés, c’est couler les bâtiments des pêcheries industrielles, c’est ghettoïser La Défense, c’est tout bloquer, paralyser la logistique de l’adversaire et reprendre en main ce qui mérite de l’être. C’est la seule solution, il n’y en a pas d’autre : ni la trottinette électrique, ni la voiture à hydrogène, ni la géo-ingénierie, ni la croissance verte et les drones-abeilles ne tempéreront la catastrophe. Il n’y aura pas de transition, il y aura une révolution, ou plus rien. C’est tout le cadre qu’il faut d’abord envoyer balader si nous voulons trouver des « solutions ». Il faut briser la machine si l’on veut commencer à réparer le monde. Nous sommes enfermés dans un mode de vie insoutenable. Nous nous regardons vivre d’une manière que nous savons absurde. Nous vivons d’une manière suicidaire dans un monde qui n’est pas le nôtre. Jamais on ne nous a demandé notre avis sur aucun des aspects tangibles de la vie que nous menons : ni pour les centrales nucléaires, ni pour les centres commerciaux, ni pour les grands ensembles, ni pour l’embourgeoisement des centres-villes, ni pour la surveillance de masse, ni pour la BAC et les LBD, ni pour l’instauration du salariat, ni pour son démantèlement par Uber & co., ni d’ailleurs pour la 5G à venir. Nous nous trouvons pris en otage dans leur désastre, dans leur cauchemar, dont nous sommes en train de nous réveiller.

Décroissance ?

   Je pars d'un constat : l'exploitation de toutes les énergies par les sociétés marchandes épuise les ressources terrestes. Or, quand la nature n'est qu'une énergie, l'homme n'est qu'une chose. La décroissance peut donc s'entendre également comme une critique sociale du capitalisme ou un slogan pour marquer un besoin de rupture.

    Le terme de capitalisme désigne l'ensemble des comportements, activités, rapports sociaux, etc. qui s'inscrivent dans une perspective d'accumulation (du capital).  La crise s'entend comme une contradiction du capitalisme, dont nous en subissons les effets. Elle est donc permanente.

     Tout être vivant se nourrit et se maintient en vie grâce à ce que la nature lui procure, ce que nous appelons les « ressources naturelles ». Les ressources étant naturelles, elles font partie de l’environnement de chacun. Seule leur accessibilité varie. Exemple : les poissons sont dans la mer, l’accessibilité à cette ressource naturelle dépend des moyens de pêche, à la ligne ou au filet.

     L'idée des théoriciens de la décroissance est que nous allons à la catastrophe si la croissance continue.

     Elle est aussi que le « développement durable » est un concept bidon : non, disent-ils, on ne peut continuer à croire qu'une croissance vertueuse est possible, débarrassée de ses effets négatifs (gaspillage, pollution, exploitation, prolétarisation...)

    Pure utopie disent les décroissants. D'abord, on ne constate aucun mouvement en ce sens. Ensuite, ce ne sera pas suffisant : notre monde de consommation actuel, à nous européens, nécessiterait deux ou trois planètes si on continuait sur le même rythme. Redécouvrons qu'on peut fabriquer du bonheur en consommant infiniment moins.

    Donc, quand la solution à tous nos maux repose sur la seule croissance, il est donc pertinent de s'interroger sur la décroissance qui serait, pour certains, la meilleure réponse à notre aliénation quotidienne, sous-entendant que le superflu est l'ennemi du nécessaire.

    Cette idée forte et radicale a-t-elle une chance de sortir des nuages ?