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Sécure-liberté

Plus de sécurité implique-t-il  moins de liberté ?

    Il n'existe pas de société humaine sans un droit de sécurité de chacun et de celles des autres.

   Quand j'écris que l’individu est essentiellement bon, je ne prétends pas qu'il l'est seulement.

   Parce que l'être humain est un animal grégaire, sociable et solidaire, il se protège des comportements asociaux et des déviances violentes, s'écartant d'une norme, par une contrainte juridique cherchant à les maîtriser. Or, plus de sécurité n'implique pas moins de liberté. La fabrique médiatique du consentement et du politiquement « correct » nous enferme dans ce dilemme pour éviter de donner à penser que le droit de la sécurité, comparable au droit pénal actuel, exige une refonte complète, car totalement inadapté à la situation actuelle.

    La violence multiforme du terrorisme suicidaire surgit de partout et repousse chaque fois les frontières de l’horreur. Ce phénomène effarant ne peut se comprendre en invoquant uniquement des assassins « cinglés » ou des soldats « fous » d'une armée qui tue, « comme dans un jeu vidéo ». Les clefs d'interprétation de ce qui s'est passé, de ce qui se passe encore et, dans une certaine mesure, ce qui va se passer, sont plurielles. On ne peur se contenter d'invoquer le désespoir, le ressentiment, le nihilisme, l’affirmation identitaire et la quête de célébrité qui poussent ces hommes à faucher la vie des autres. Passer sous silence les origines économiques et politiques de ces meurtres de masse, c'est exonérer la responsabilité de nos gouvernants et motiver les « psychopathes » qui alimentent, dans la dépression et la désolation, la guerre des « haines ». Ce sont « EUX » qui déchiquettent le corps social de notre République, par leur asservissement au pouvoir absolu d 'un « marché libre », pour lequel la richesse de quelques-uns ruisselle vers l’océan des plus pauvres qu’eux.

    Sortir de ce raisonnement binaire qui menace les fondements de notre « bien vivre ensemble », c'est affirmer un droit à la sécurité, mais aussi une justice et une police pour le faire respecter, non pas au nom de l’État partial, mais à celui du peuple.

23 juil. 2016


– Des fois j’arrive plus à savoir si c’est moi qui débloque ou si c’est le monde qu’est devenu une fosse septique.
– Les deux. Mais votre plus gros problème, c’est que vous êtes un moraliste.

James Crumley, Le Dernier Baiser (1978)


    En France, l’inscription de l’état d’urgence dans la loi a balayé les dernières illusions qu’on pouvait entretenir sur ce qu’est la démocratie.

   Dans la société spectaculaire marchande, on existe à proportion de ce qu’on achète. De ce fait, tout individu éjecté hors du monde enchanté des prix et du revenu se retrouve brutalement privé de l’accès sanctifiant aux marchandises. Il est alors condamné à une forme inexorable de mort sociale, au rebut.

    Or, les dérives capitalistiques de ces dernières décennies impliquent la suppression programmée du travail en général. Cette politique revêt par euphémisme l’appellation de « lutte contre le chômage de masse ». C’est là une menace qui n’épargne pas grand monde. De plus, quand la richesse se concentre, la pauvreté se propage et se radicalise – dans tous les sens du terme. On voit dès lors se répandre dans la société un sentiment oppressant d’insécurité, de peur de l’autre, accentué par la perte des repères traditionnels, la virtualisation des rapports humains et l’éradication de tout sens de la communauté.

     C’est cette angoisse diffuse que les machines à fabriquer de l’opinion détournent de ses causes profondes : elles transforment un besoin légitime de sécurité en obsession de masse d’autant plus anxiogène qu’elle est abstraite et indéterminée.

    Ce qui est tout à fait concret, en revanche, c’est l’archaïque nécessité pour les possédants de protéger leurs avoirs. À l’instar d’Adam Smith dans ses Conférences, les tenants du libéralisme ont toujours appelé un État fort : « S'il n'y a pas de propriété, il ne peut y avoir de gouvernement, car le but même de celui-ci est de protéger la richesse et de défendre les riches contre les pauvres. »

     En résumé, la République, à laquelle est attribuée la vocation d’incarner et de garantir la sécurité, reste un univers où tout le monde a peur : les gueux de ne jamais rien avoir, et les rupins de perdre ce qu’ils ont.

   Plus original est le tour de passe-passe « démocratique » qu’opère le système médiatique, et qui consiste à faire accroire que ce qui vaut pour les seconds vaut pour les premiers. Cependant, la rengaine immarcescible de la « réforme » de l’État ne tire son sens que de l’éloge des « marchés », et les objectifs et le contenu de toutes les lois « sécuritaires » ne se conçoivent pas indépendamment de la liquidation des droits sociaux et économiques. Dans ces conditions, on comprend que les appels à la sécurité publique doivent rester aussi fumeux qu’incantatoires.

    Naguère, la face sociale et la face civile de la sécurité (ou de la « sûreté », comme il est parfois écrit) ont toujours été présentes dans les Déclarations des droits de l’homme.

    Dans la Déclaration de 1789, la sûreté consiste à garantir chaque individu contre l’arbitraire. Selon l’article 2, la sûreté est l’un des quatre droits naturels et imprescriptibles, avec la liberté, la propriété et la résistance à l’oppression. (L’égalité n’apparaîtra au même article qu’en 1793.)

     La Déclaration de 1793 donne de la sûreté une définition plus large, en précisant qu’elle « consiste dans la protection accordée par la société à chacun de ses membres pour la conservation de sa personne, de ses droits et de ses propriétés». Elle affirme en outre que la société a l’obligation d’assurer la « subsistance des malheureux ».

   La Déclaration universelle de 1948 n’utilise le mot « sécurité » que pour affirmer : la reconnaissance des droits économiques, sociaux et culturels (art. 22 : sécurité sociale ; art. 25 : sécurité face au chômage)